Nafissatou Diallo

Le 14 mai 2011, Nafissatou Diallo, une modeste employée chargée du nettoyage des chambres de l’hôtel Sofitel de New York, immigrée guinéenne, musulmane, a déposé une plainte pour agression sexuelle, tentative de viol et séquestration dont elle aurait été victime dans la suite 2806.

Alors qu’elle croyait la chambre libérée, un homme, surgissant nu de la douche, se serait jeté sur elle, aurait tenté de la sodomiser et l’aurait obligée à une fellation.

L’accusé a été arrêté dans un avion d’Air France qui s’apprêtait à décoller pour Paris, puis incarcéré sans ménagements dans la prison de Rikers Island.

Il s’agissait d’un homme célèbre, riche et puissant : Dominique Strauss-Kahn. Directeur général du FMI : une sommité internationale.

Son épouse, Anne Sinclair, était une journaliste renommée, héritière d’une fortune considérable liée au métier de marchand de tableaux exercé par son grand-père.

Et surtout, le parti socialiste français avait implicitement désigné « DSK » comme candidat à la magistrature suprême. Il avait de très sérieuses chances d’être élu, douze mois plus tard, président de la République française face à Nicolas Sarkozy

Lui-même avait engagé depuis longtemps, grâce à sa fortune, et surtout celle de sa femme, une machine de communication efficace qui lui permettait d’être plébiscité sans effort par l’ensemble de la presse française.

Dès lors, cette machine, mise en place pour la victoire, a été utilisée pour éviter la déroute. Certains responsables politiques socialistes, apparemment désemparés, ont pris la défense de leur camarade, de leur ami.

Il était au-dessus de tout soupçon. D’aucuns n’ont pas hésité à parler d’un « complot ». La preuve : des vigiles de l’hôtel – des Afro-Américains, bien sûr – auraient exécuté une sorte de danse tribale enregistrée par les caméras de surveillance.

Les rumeurs sur Dominique Strauss-Kahn étaient pourtant troublantes et circulaient dans tout Paris. Dans tout Sarcelles aussi. On parlait d’addiction sexuelle. On le disait familier des clubs échangistes et des prostituées, parfois brutal. Les étudiantes de Science Po, où Strauss-Kahn avait enseigné, n’étaient pas rares à prétendre être passées par le « bureau » tout proche où il « recevait ».

Plusieurs femmes, sans avoir déposé plainte, disaient avoir été victimes d’agressions. Une autre aurait tenté de se suicider.

Strauss-Kahn, malgré une expertise médicale accablante produite par Nafissatou Diallo attestant de violences, de contusions multiples, notamment dans la région génitale, malgré les traces de sperme de l’ex-patron du FMI retrouvées sur la moquette, réussit à être libéré, à échapper de justesse à la justice pénale américaine et à regagner la France où il clama son innocence avec l’aide d’un puissant réseau d’amis journalistes.

Attaqué au civil par Nafissatou Diallo, Strauss-Kahn fut obligé, pour éviter une condamnation, de transiger en versant une lourde indemnité à la plaignante assortie d’une clause lui imposant le silence.

Affaibli par l’écrivaine Tristane Banon qui déposa une plainte et obtint, des autorités judiciaires françaises, la reconnaissance d’une « agression sexuelle » sans néanmoins pouvoir obtenir un procès, les faits étant prescrits, Strauss Kahn fut mis en examen en France pour une autre tentative de viol visant une prostituée et pour proxénétisme aggravé en bande organisée.

Bien que l’accusation de viol n’ait pas été retenue, ce dernier grief, particulièrement infamant, allait lui barrer définitivement, malgré des efforts désespérés, et l’engagement de millions d’euros, la route vers l’Élysée.

Ce fut un candidat imprévu, François Hollande, qui allait être désigné, puis élu.

Après l’avoir soutenu assez crânement aux moments les plus difficiles et lui avoir très certainement permis d’échapper à la prison, Anne Sinclair, l’épouse de « DSK », mit discrètement un terme à leur vie commune.

La seule explication qu’a pu donner Strauss-Kahn, c’était que la relation avec Nafissatou Diallo était consentie et « tarifée ».

Cette allégation n’allait guère arranger l’autre affaire où Strauss-Kahn, accusé de recel de proxénétisme cette fois, prétendait au contraire ignorer que les relations qu’il avait eues avec des jeunes femmes à Lille comme à New York, étaient précisément « tarifées » et réglées grâce à la générosité de certains amis organisateurs, pour ne pas dire des proxénètes dont il devenait ainsi le recéleur.

Personne en France n’ose imaginer ce qui se serait passé à l’Élysée si Strauss-Kahn était devenu président. En attendant d’être traduit en correctionnelle, il s’est refait une vie en prodiguant, à prix d’or, « conseils » et conférences.

Mais ce qui ressort principalement de ce scandale, qui aura grandement contribué à ternir l’image de la classe politique française, en deçà et en dehors des frontières, et qui aura poussé l’extrême droite vers les sommets, c’est l’attitude de connivence assumée d’une bonne partie de la presse française, qui s’est déchaînée non pas contre l’agresseur présumé, ou en tout cas contre un homme qui s’était construit, en payant, une honorabilité de façade, trompant les Français en général et les militants socialistes de bonne foi, mais contre la plaignante.

Nafissatou Diallo a été insultée pendant deux ans d’une manière délibérément raciste par la presse et l’ « intelligentsia » française. Tous les fantasmes esclavagistes liées à la femme noire et à la liberté du colon de la violer ont ressurgi avec une violence haineuse à laquelle nul n’était accoutumé. Diallo a été traitée de tous les noms : prostituée, menteuse, trafiquante de drogue. On a été jusqu’à lui reprocher son physique qui n’était pas censé attirer un homme aussi raffiné que Dominique Strauss-Kahn.

Le journaliste Jean-François Kahn a osé assimiler le viol présumé à un simple « troussage de domestique » ce qui ne l’a pas empêché de revenir à la tête du journal Marianne.

Bernard-Henri Lévy, écrivain, éditorialiste, éditeur, et surtout richissime héritier d’une entreprise forestière exploitant les forêts africaines, la BECOB, usait de son entregent pour défendre son ami et menaçait : Rirait bien qui rirait le dernier !

Hormis l’écrivain Claude Ribbe, qui a constitué, dès le 24 mai 2011, un comité de soutien à Nafissatou Diallo bientôt de près de 3000 personnes indignées, rares ont été les personnalités à prendre publiquement la défense de la plaignante.

Le comité de soutien à Nafissatou Diallo a obtenu en 2013 une mise en demeure du CSA à l’encontre le la radio RMC dont certains animateurs s’étaient livrés en direct à une apologie du viol teintée de racisme selon la haute autorité de l’audiovisuel.

Le CRAN a pris ouvertement la défense de Dominique Strauss-Kahn, tout en prétendant mensongèrement avoir été contacté par les avocats de Nafissatou Diallo.

Les autres « leaders » autoproclamés des Afro-descendants de France, feignant de ne pas voir que le lynchage dont Nafissatou Diallo était l’objet était de toute évidence raciste et négrophobe, se sont tus pour la plupart, craignant d’être accusés d’antisémitisme.

Dominique Strauss-Kahn, qui a dû son ascension politique à la ville de Sarcelles, où réside l’une des plus importantes communautés juives de France, avait en effet fait état, en dernière extrémité, de sa prétendue « judéité » pour se poser en victime et en bouc-émissaire, afin d’intimider ses rares adversaires.

Pour les observateurs attentifs, l’affaire Dominique Strauss-Kahn ou plutôt l’affaire Nafissatou Diallo, en mai 2011, annonçait la vague de racisme et de négrophobie qui allait déferler sur la France en 2013-2014.

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