La société Béké entre racisme et névrose.

L’ouvrage est peu connu mais fondamental, Les blancs créoles de la Martinique (éditions L’Harmattan) écrit par l’ethnologue Edith Kovats-Beaudoux.

Quelques extraits :

« Pour la majorité des hommes créoles, la femme blanche symbolise la réserve sexuelle, la discipline, le refus du plaisir, tandis que la femme noire représente la liberté sexuelle, la promiscuité et plaisir charnels. Cette dernière est « lascive, immorale et accessible » et la blanc s’arroge un droit sur elle »

« le blanc est tourmenté par le mythe de la virilité du noir qu’il a lui-même créé et nombreuses sont les allusions fabuleuses que nous avons entendues concernant les dimensions de l’organe sexuel ou les prouesses des noirs. » p 137

« On évite autant que possible de recevoir des gens de couleur chez soi, surtout si des femmes blanches sont à la maison »

« Un noir « bien élevé » s’abstiendra d’inviter une créole à danser car il sait que cette démarche est mal vue par les « blancs » p 147

Cette étude correspond à la société béké martiniquaise des années soixante.Le sujet est absolument tabou en France.L’ouvrage est peu connu mais fondamental, Les blancs créoles de la Martinique (éditions L’Harmattan) écrit par l’ethnologue Edith Kovats-Beaudoux. Suite à une enquête de terrain effectuée en 1965-1966, l’auteure a radiographié de manière scientifique, selon les méthodes de l’ethnologie (ordinairement appliquées aux « primitifs ») le monde très fermé de la minorité martiniquaise (1% de la population) dont la particularité, outre la richesse et le fait de descendre directement des colons esclavagistes des 17e et 18e siècles, est de ne se reproduire – en tout cas dans le cadre légal du mariage – qu’en fonction du préjugé de la pureté « raciale » : les Békés.

Edith Kovats-Beaudoux a pu réaliser une enquête très objective et très documentée du fait qu’elle n’avait aucune attache avec la société coloniale et que ses origines hongroises la mettaient à l’abri de toute méfiance de la part de ceux qu’elle étudiait et qui l’accueillirent très chaleureusement comme une des « leurs » (en apparence) allant jusqu’à oublier ou à minimiser ce qu’elle était venue faire. Le livre qui en ressort est littéralement terrifiant par sa description d’un monde dont le seul fondement semble être le racisme et la névrose. Ce qui inquiète également à la lecture de cet ouvrage, c’est la manière dont l’élite des Afro-descendants semble s’accommoder d’une situation présentée comme humiliante. Il convient de rappeler qu’à l’époque de l’enquête, Aimé Césaire était le chef incontesté de la Martinique.

 

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