La Charte du Mandé

Traduction de Youssouf Tata Cissé et Jean-Louis Sagot-Duvauroux 

extraite de l’ouvrage d’Aboubakar Fofana aux Editions Albin Michel (Paris, 2003) 

Le Mandé fut fondé sur l’entente et la concorde, l’amour, la liberté et la fraternité. Cela 

signifie qu’il ne saurait y avoir de discriminations ethnique ni raciale au Mandé. Tel fut l’un des buts de notre combat. Par conséquent, les enfants de Sanéné et Kontron font, à l’adresse des douze parties du monde, et au nom du Mandé tout entier, la proclamation suivante :

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent : 

Toute vie humaine est une vie. 

Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie, 

Mais une vie n’est pas plus « ancienne », 

Plus respectable qu’une autre vie, 

De même qu’une vie ne vaut pas mieux 

Qu’une autre vie. 

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent : 

Toute vie étant une vie, 

Tout tort causé à une vie exige réparation. 

Par conséquent, 

Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin, 

Que nul ne cause du tort à son prochain, 

Que nul ne martyrise son semblable. 

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent : 

Que chacun veille sur son prochain, 

Que chacun vénère ses géniteurs, 

Que chacun vénère ses enfants, 

Que chacun pourvoie aux besoins 

Des membres de sa famille. 

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent : 

Que chacun veille sur la terre de ses pères. 

Par patrie, pays, ou terre des pères, 

Il faut entendre aussi et surtout les hommes : 

Car tout pays, toute terre qui verrait les 

Hommes disparaître de sa surface 

Connaîtrait le déclin et la désolation. 

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent : 

La faim n’est pas une bonne chose, 

L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose ; 

Il n’y a pire calamité que ces choses-là, 

Dans ce bas monde. 

Tant que nous disposerons du carquois et de l’arc, 

La famine ne tuera personne dans le Mandé, 

Si d’aventure la famine survient. 

La guerre ne détruira plus jamais de village 

Pour y prélever des esclaves ; 

C’est dire que nul ne placera désormais 

Le mors dans la bouche de son semblable 

Pour aller le vendre ; 

Personne ne sera non plus battu au Mandé, 

A fortiori mis à mort, 

Parce qu’il est fils d’esclave. 

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent : 

L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour, 

« D’un mur à l’autre »,  

D’une frontière à l’autre du Mandé ; 

Les razzias sont bannies 

A compter de ce jour au Mandé ; 

Les tourments nés de ces horreurs 

Disparaîtront à partir de ce jour au Mandé. 

Quelle horreur que la famine ! 

Un affamé ignore 

Toute pudeur, toute retenue. 

Quelle souffrance épouvantable 

Pour l’esclave et l’affamé, 

Surtout lorsqu’ils ne disposent 

D’aucun recours. 

L’esclave est dépouillé 

De sa dignité partout dans le monde. 

Les gens d’autrefois nous disent : 

« L’homme en tant qu’individu 

Fait d’os et de chair  

De moelle et de nerfs, 

De peau recouverte de poils et de cheveux 

Se nourrit d’aliments et de boissons ; 

Mais son âme, son esprit vit de trois choses : 

Voir ce qu’il a envie de voir, 

Dire ce qu’il a envie de dire, 

Et faire ce qu’il a envie de faire. 

Si une seule de ces choses 

Venait à manquer à l’âme, 

Elle en souffrirait, 

Et s’étiolerait sûrement. » 

En conséquence, les enfants 

De Sanéné et Kontron déclarent : 

Chacun dispose désormais de sa personne, 

Chacun est libre de ses actes, 

Dans le respect des « interdits », 

Par la loi de sa patrie. 

Tel est le Serment du Mandé 

A l’adresse des oreilles du monde tout entier. 

 

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